Vaginisme, dyspareunies et douleurs sexuelles :
comprendre le corps, la douleur et retrouver une intimité apaisée
Vaginisme, dyspareunies et douleurs sexuelles :
comprendre le corps, la douleur et retrouver une intimité apaisée
Les dyspareunies sont des douleurs génitales et pelviennes, ressenties pendant ou après les rapports sexuels. Il existe différents types de dyspareunies, avec des localisations et sensations différentes. Les causes sont également multiples et souvent combinées (physiques, émotionnelles, relationnelles, psychocorporelles). Les douleurs peuvent apparaître progressivement ou être présentes dès les premières expériences sexuelles.
Aux douleurs physiques s'ajoutent les souffrances psychologique : les dyspareunies sont vécues avec gêne (physiques, psychologique), frustration (de ne pouvoir vivre une sexualité légère et plaisante) et culpabilité (vis-à-vis du ou de la partenaire). Beaucoup de femmes mettent du temps avant d’oser en parler, par peur de ne pas être prises au sérieux, qu'on leur dise que c'est "dans leur tête", qu’il faut simplement se détendre... et parfois parce qu'elles pensent que c'est normal d'avoir mal (notamment quand les douleurs sont présentes dès le début de la vie sexuelle). Certaines minimisent leurs douleurs pendant des années avant de consulter.
La sexualité peut rapidement devenir un espace d’appréhension et de douleur plutôt que de plaisir. Pourtant, le corps tente souvent de protéger quelque chose. Comprendre ces mécanismes permet progressivement de retrouver davantage de sécurité, de douceur et de liberté dans l’intimité.
Vaginisme et dyspareunies : de quoi parle-t-on ?
Les douleurs sexuelles regroupent différentes expériences de gêne, de tension ou de douleur lors des rapports sexuels ou de la pénétration.
Les douleurs peuvent toucher différentes zones du corps : on parle le plus couramment de vulvodynie (douleur à la vulve), de clitoridynie (douleur clitoridienne, souvent au niveau du gland du clitoris), de vaginisme (contracture involontaire du vagin plus ou moins importante et rendant la pénétration difficile voire impossible)... ces douleurs sont d'autant plus difficiles à vivre qu'elles privent la femme de vivre sa sexualité librement, malgré son désir de partager une intimité avec un partenaire.
Les douleurs peuvent prendre différentes formes : sensations de brûlures, de tiraillement ou d'inconfort, irritations, tensions, hypersensibilité, contractions involontaires, picotements, sensibilité au niveau des ovaires...
Certaines douleurs sont liées à un contexte particulier. C'est par exemple le cas après un accouchement, une IVG (interruption volontaire de grossesse), une GEU (grossesse extra-utérine), avec certains partenaires, suite à certaines pratiques... d'autres douleurs s'installent sans que la femme puisse identifier une cause ou une situation précise.
Avoir mal pendant les rapports ne devrait pas être banalisé. La douleur n'est pas dans votre tête, n'est pas secondaire, n'est pas "normale". Vous pouvez être accompagnée et soutenue dans votre parcours afin d'avancer vers une sexualité plaisante, respectueuse de votre corps, de votre rythme, et non douloureuse.
Le corps et les mécanismes de la douleur
Les douleurs sexuelles peuvent être liées à plusieurs mécanismes corporels, neurologiques et émotionnels. Dans le vaginisme notamment, le corps réagit par une contraction involontaire du plancher pelvien. Cette réaction n’est pas consciente : il ne s’agit pas d’un refus volontaire ou d’un manque de volonté mais bien d'un réflexe (à l'image de l'éjaculation) qui n'est pas maitrisable par la volonté.
Le corps met en place une protection qu'il estime nécessaire. Voici une liste non exhaustive de quelques éléments qui peuvent contribuer à ces contractures :
- Une hypertonicité musculaire,
- Une sensibilité accrue de certaines zones,
- Des douleurs passées,
- Des tensions corporelles chroniques,
- Certains facteurs hormonaux ou médicaux,
- Des expériences sexuelles négatives,
- Le manque de douceur du ou de la partenaire,
- Ou encore une anticipation anxieuse de la douleur.
Lorsque le corps associe la pénétration à un danger, une tension ou une souffrance, il peut effectivement développer un réflexe de protection automatique. Et de fait : la pénétration, même consentie, même douce, est particulièrement intrusive. Symboliquement, la pénétration n'est pas celle du vagin ou de l'anus, mais bien celle du ventre.
Je vous invite donc à la plus grande douceur vis-à-vis de vous-même et de votre corps. Ces réactions physiques ont un sens et une origine. Le rôle du thérapeute est de vous accompagner à lever le voile sur l'un et l'autre. De nombreuses pratiques et approches permettent de remettre de la sécurité et de l'écoute dans votre expérience sexuelle.
Peur, anticipation et cercle de la douleur
Naturellement, l'expérience répétée de la douleur créée une appréhension, et une anticipation négative de l'intimité se met en place. Le corps entre en état d’alerte, avant le moindre contact. Cette anticipation contribue souvent au maintien de la dyspareunie en installant la tension musculaire si caractéristique de ces douleurs.
Un cercle vicieux peut alors s’installer : plus la peur de la douleur augmente, plus le corps se contracte. Et plus le corps se contracte, plus la douleur peut être importante.
Le corps se crispe parce qu'il l'estime nécessaire pour vous protéger. C'est la mémoire d'expériences passées qui s'engramme ici dans le corps. C'est pourquoi le système nerveux peut rester en vigilance, même lorsqu'une femme se sent psychologiquement prête à accueillir une pénétration par exemple.
A cette mémoire expériencielle, s'ajoutent l'éducation et le discours social, qui peuvent pousser certaines femmes à associer sexualité et danger (notamment le "méfie-toi des hommes", "tout ce qui les intéresse c'est le sexe", "ils te feront du mal", "la pénétration fait mal", etc.) ou sexualité et saleté ("telle femme sexuellement libérée est une salope", "cette fille très sensuelle est une fille facile", "tiens-toi bien, sois respectable", etc.). Ces discours modifient profondément le rapport au corps, à l’intimité et à l'autre, puisqu'au vécu du plaisir viennent se superposer des croyances négatives. Ils peuvent être entendu dans le cadre familial, mais aussi souvent dans les cours d'écoles, où l'enjeu d'appartenance au groupe peut pousser à adhérer à des croyances qui ne nous appartiennent pas.
"Le plaisir ne peut pas fleurir dans un corps en état d’alerte permanent." — Margot Fried-Filliozat
"Le plaisir ne peut pas fleurir dans un corps en état d’alerte permanent." — Margot Fried-Filliozat
Désir, intimité et impact sur la vie sexuelle
Les douleurs sexuelles ont un impact majeur sur le désir. Le désir peut être défini comme un élan intérieur, psychique, qui nous met en mouvement vers l'autre et vers l'intimité. De ce désir naît ensuite l’excitation physique.
Lorsque la sexualité est douloureuse, l'appréhension prend peu à peu la place du désir. Cela ne signifie pas que la femme n'a pas de désir pour son ou sa partenaire, ni qu'elle n'a pas de désir d'intimité ou de rapprochement sexuel, mais simplement que la crainte de la douleur est un frein majeur. Dans ce contexte, même lorsque l’intimité est présente, l’excitation corporelle a davantage de difficulté à émerger, puisque la première étape — le désir — est déjà entravée.
C'est là que des stratégies d'évitement peuvent se mettre en place, consciemment ou non : éviter les rapprochements intimes, repousser les moments de sexualité, se couper de son propre ressenti... Une pression explicite ou implicite autour de la pénétration peut également renforcer les tensions et l’anxiété.
Beaucoup de femmes expriment alors un "désir de désirer". Certaines peuvent aussi se réfugier dans une vie fantasmatique plus développée, où elles expérimentent mentalement ce que la réalité ne leur permet pas de vivre sereinement. Elles vivent un décalage entre leur envie de partager une intimité et les limitations imposées par la douleur.
Au sein du couple, l'écart de désir peut créer de la distance émotionnelle, des incompréhensions, un sentiment de solitude chez l'un comme chez l'autre. Dans les situations de dyspareunie, un accompagnement du couple est souvent recommandé afin d’aider les partenaires à retrouver un espace de sensualité et de sexualité adapté, sécurisant et respectueux du rythme de chacun.
Le rôle du couple et de la communication
Les dyspareunies ont une influence sur la relation de couple, ce qui se ressent souvent au niveau de la communication. Beaucoup de femmes craignent de décevoir leur partenaire, de le frustrer, de ne pas être "à la hauteur", d'être abandonnées ou trompées.
De là une difficulté à parler ouvertement de leur douleur. Certaines femmes peuvent décider de se taire, de minimiser et d'éviter les rapports. Le silence s’installe alors progressivement, et la distance émotionnelle avec lui, car le silence empêche finalement l'autre d'être empathique et soutenant. N'ayant pas pleine connaissance du vécu de l'autre, le ou la partenaire peut donc se sentir démuni(e), frustré(e) ou inquiet(e), et ne pas comprendre ce qui se joue réellement. C'est une expérience de la solitude qui se met alors en place, pour l'un et pour l'autre..
Lorsque la communication est difficile, du fait de tensions, conflits ou émotions difficiles, des clefs de communication peuvent être mises en place. Remettre du dialogue, de la douceur et de la compréhension dans la relation constitue souvent une étape essentielle du processus d’apaisement.
Lorsque la relation est suffisamment sécurisante, exprimer ses ressentis, peurs ou appréhensions permet de renforcer la proximité et le lien. Il ne s’agit pas simplement de "parler de sexualité", mais de nourrir un espace où chacun peut être entendu sans pression ni culpabilité. C'est un temps de connexion dans lequel chacun ouvre son cœur, en confiance.
Lorsque la communication est au contraire difficile — à cause de tensions, de conflits, de non-dits ou d’émotions accumulées — certaines clefs de communication peuvent aider à recréer du lien. Remettre du dialogue et de l'écoute est une étape essentielle pour apaiser un couple faisant face à une étape de dyspareunie, tout simplement parce que s'ouvrir et être écouté renforce le sentiment d'alliance, de douceur et de complicité. La communication soude le couple et en fait une équipe aimante.
Apaiser le rapport à son corps et la sexualité
Un accompagnement peut vous aider à sortir du cercle douleur–peur–évitement. Le travail thérapeutique ne consiste pas à forcer le corps, mais à restaurer progressivement un sentiment de sécurité corporelle et émotionnelle. Cela passe souvent par :
- Une reconnexion aux sensations : notamment avec des pratiques de slow sex et de sexualité taoïstes pour celles sensibles à la dimension spirituelle,
- Un apprentissage progressif de la détente : avec la méditation active et le développement de la sensualité, entre autres,
- Une sexualité moins centrée sur la performance ou la pénétration : en développant toute votre palette érotique et votre créativité en la matière,
- Davantage de douceur et de respect du rythme du corps : c'est l'apprentissage de l'écoute du corps, de son ouverture, d'une réceptivité choisie par le corps et non le mental.
Il ne s’agit pas d’atteindre une norme sexuelle idéale, mais de déployer votre intimité, celle qui vous inspire, qui vous active et qui vous correspond.
Quand consulter ?
Parce que les douleurs sexuelles impactent divers plans de la vie d'une femme, un accompagnement thérapeutique est recommandé. Cet accompagnement peut être pluridisciplinaire, par exemple via l'alliance d'un sexologue (ou sexothérapeute) et d'un kinésithérapeute spécialiste du périnée. Il est bénéfique de consulter lorsque :
- Les désir diminue ou disparaît progressivement,
- Les douleurs sont récurrentes ou persistantes,
- La sexualité devient source d’angoisse, notamment la perspective des rapports sexuels.
- Le corps se crispe lors des tentatives de pénétration
- Une sensation de honte, de culpabilité ou d’incompréhension s’installe,
- Les rapports sont évités,
- La douleur entraîne un évitement plus large de la tendresse ou du contact physique,
- La peur de la douleur prend une place importante,
- Le couple est impacté,
- La qualité de vie intime se dégrade,
- La confiance en soi ou l’estime de soi est affectée,
- Vous ou votre partenaire vous sentez seul(e) ou incompris(e) dans ce que vous traversez.
L'objectif de la prise en charge et de vous aider à mieux comprendre ce qui se joue dans le corps, le couple et la sexualité, et de vous accompagner vers une vie intime sécurisante, sereine, joyeuse et épanouissante.
Je vous accompagne en cabinet à Lyon 3 ou en visio pour comprendre les douleurs sexuelles, apaiser les tensions relationnelles et émotionnelles, renouer un lien plus juste à votre corps et retrouver une intimité plus sereine et respectueuse du corps.
F.A.Q.
Qu’est-ce que le vaginisme ?
Le vaginisme correspond à des contractions involontaires du plancher pelvien qui rendent la pénétration difficile, douloureuse ou impossible.
Pourquoi ai-je mal pendant les rapports sexuels ?
Les douleurs pendant les rapports peuvent avoir différentes causes, souvent combinés : tensions musculaires, anxiété, sécheresse, facteurs hormonaux, expériences douloureuses passées ou mécanismes de protection du corps.
Peut-on guérir du vaginisme ?
Oui. Avec un accompagnement adapté, il est possible de diminuer les tensions, restaurer la sécurité corporelle et retrouver progressivement une sexualité plus apaisée.
Les douleurs pendant les rapports sont-elles psychologiques ?
Les douleurs sexuelles sont réelles. Elles peuvent impliquer à la fois des dimensions corporelles, neurologiques, émotionnelles et relationnelles.
Comment retrouver une sexualité sans douleur ?
Retrouver une sexualité apaisée passe souvent par une meilleure compréhension du corps, une diminution de l’anticipation anxieuse et une reconstruction progressive de la sécurité intime.
Le corps féminin a besoin de sécurité pour s’ouvrir, et s'ouvrir n'est pas céder.