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Comment parler de sexualité avec son partenaire dans le couple ?

Quelques clés de communication, pour parler sexe sereinement avec votre partenaire

Il peut sembler délicat ou embarrassant de partager ses fantasmes, ses désirs, ses difficultés sexuelles. Comment parler de sexualité avec son partenaire sans créer de gêne, de conflit ? Comment dire à son partenaire ce qu’on aime au lit… ou ce qu’on n’aime pas ? La communication est une difficulté pour de nombreux couples, et la communication sur la sexualité plus encore, le sujet étant lui-même entouré d’attentes, de tabous, de craintes, de frustrations, de désirs… et un malentendu peut parfois créer de la distance et de la frustration. Pourtant, communiquer sur ses désirs est l’une des clefs d’une relation plus épanouie. Avec quelques règles simples de communication, vous pouvez aborder le sujet plus sereinement.


Pourquoi la sexualité reste un sujet difficile

Malgré une société occidentale qui s’annonce des plus libres sexuellement, le fait est qu’il y a en réalité très peu de liberté dans le vécu sexuel de l’immense majorité des gens. La société s’hypersexualise, mais cela ne signifie en rien que les hommes et femmes vivent leur sexualité librement, cette dernière se trouvant finalement prise entre attendus sociétaux, moraux ou encore familiaux

  • L’hypersexualisation : l’hypersexualisation dans les productions culturelles et sociales va dans le sens d’une représentation visible, performative et très génitale de la sexualité. Au lieu de libérer le sexuel, elle ne fait donc que le stéréotyper un peu plus, sous-entendant qu’une sexualité valable et réussie est une sexualité de performance et de consommation. Ne pas adhérer à cela ou vivre une sexualité moins « triomphale » selon ces codes sociaux peut donc être difficile, au masculin comme au féminin. Chez les hommes, l’hypersexualisation nourrit le culte et l’anxiété de performance. Exprimer à son partenaire des idées ne correspondant pas à ce que le discours social adoube peut donc être délicat, difficulté qui peut bien sûr être décuplée par l’attitude ou les mots du/de la partenaire.
  • L’éducation et les tabous : dans beaucoup de familles, la sexualité n’est pas un sujet abordé ouvertement. Certaines personnes ont grandi avec l’idée que le sexe est un sujet tabou dont on ne parle pas, qu’exprimer ses désirs peut être gênant ou encore que parler de sexualité est indécent. Les expériences infantiles sont également déterminantes, les premières masturbations étant parfois sévèrement réprouvées par les parents, et l’éducation à la « propreté » suggérant inconsciemment pour l’enfant que la zone génitale est sale. A cela s’ajoutent les potentielles moralisations de la sexualité. Ces représentations peuvent persister à l’âge adulte et rendre les conversations autour de l’intimité plus difficiles.
  • La peur de blesser l’autre : Certains partenaires hésitent à exprimer leurs ressentis par crainte de vexer l’autre, de créer un conflit ou de remettre en question l’équilibre du couple. Par exemple, dire que l’on manque de désir ou que l’on aimerait explorer autre chose peut parfois être interprété comme une critique. Les désirs de l’un ont vite fait de rebondir sur les peurs de l’autre, ce qui peut conduire à plus de distance entre les partenaires. A noter que l’autre peut bien sûr poser une limite qui n’a rien à voir avec ses insécurités, mais seulement avec son intégrité. Quoi qu’il en soit, cette peur peut conduire à éviter le sujet, même lorsque quelque chose mérite d’être partagé.
  • La peur d’être jugé : parler de ses désirs, envies ou fantasmes rend vulnérable. La personne peut craindre que son partenaire ne comprenne pas, juge ses désirs ou se sente mal à l’aise. Là encore, on rebondit sur le sujet du tabou et de l’image de soi : c’est la peur de passer pour une « salope », un « pervers », etc., qui rentre alors en compte. Cette peur peut conduire à garder certaines choses pour soi, ce qui empêche parfois une véritable communication dans l’intimité, et surtout une vraie ouverture entre partenaires.


Conséquences du silence et autosabotage

Lorsque la sexualité n’est jamais discutée dans le couple, plusieurs difficultés peuvent apparaître. Les attentes restant tues, la frustration s’installe et un certain ennui ou ressentiment peut surgir. Parfois, une distance progressive peut apparaître dans et hors l’intimité. Il arrive aussi que chacun imagine ce que l’autre pense ou ressent sans réellement le vérifier. Ces interprétations peuvent créer des malentendus qui auraient pu être évités par une conversation simple et ouverte.

J’invite aussi à considérer que taire ses envies, c’est priver le partenaire de la chance d’y répondre. C’est, finalement, décider soi-même que son envie ne sera pas écoutée, et saboter ses chances d’épanouissement intime. Bien souvent, le ou la partenaire désire le bonheur et l’épanouissement intime de celui qu’il aime. Je constate très régulièrement dans mes accompagnements de couple que celui ou celle qui reçoit une confidence de ce type est plutôt curieux et envieux d’y répondre – tant que cela n’heurte ni ses insécurités, ni son intégrité. L’autosabotage via le silence pose alors une autre question : que craignez-vous exactement ? La perte de l’autre, le jugement, la distance ? Cette crainte est-elle plus importante que votre désir d’avoir une sexualité épanouie ?  


Choisir le bon moment pour en parler

Aborder la sexualité pendant un moment de tension ou juste après un rapport insatisfaisant peut être difficile. Il est souvent préférable de choisir un moment calme et détendu, en dehors de l’activité sexuelle. Par exemple lors d’une promenade, d’un moment de complicité ou d’une discussion tranquille. L’objectif est de créer un espace où chacun peut s’exprimer sans pression ni jugement. J’invite les couples que j’accompagne à décider d’un rendez-vous pour parler de sexualité (mensuel, trimestriel, ou autre, selon les goûts). Ce rendez-vous permet de faire le bilan du mois (si mensuel) écoulé, de ce que l’on a apprécié, de ce que l’on a envie de développer.

Une précision quant aux fantasmes : j’invite à la plus grande prudence quant au partage des fantasmes entre partenaires. Il n’y a pas de règles sur le sujet, pour certains couples le partage de ses envies fantasmatiques peut donner des merveilles, et pour d’autres ça peut s’avérer très destructeur. Si vous rencontrez des difficultés sexuelles en couple, je vous conseille de consulter un sexologue ou sexoanalyste. Connaissant vos problématiques relationnelles et votre manière d’aborder la sexualité, il sera à même de vous conseiller et de vous accompagner.

 

Comment parler, comment écouter

  • La Communication Non Violente (CNV) : parler en “je” en se centrant sur ses besoins. Une manière constructive d’aborder ces sujets consiste à parler de son propre ressenti plutôt que d’accuser l’autre. Par exemple, au lieu de dire : « Tu ne fais jamais attention à mon plaisir », il peut être plus aidant de dire : « J’aimerais qu’on explore davantage ce qui me fait du bien. ». Cette manière de communiquer permet souvent d’éviter que l’autre se sente attaqué et favorise un dialogue plus ouvert.
  • Les appréciations positives : pour que parler de sexualité dans le couple devienne simple et agréable, il est important de ne pas seulement évoquer ce qui manque ou ce que l’on n’apprécie pas. En plus de ces deux aspects, dire à l’autre ce qu’on apprécie est primordial. « Voilà ce que j’ai particulièrement apprécié dans notre sexualité dernièrement… voilà pourquoi j’ai tellement apprécié cela… voilà comment je me sens comment tu fais cela… ». Ces trois phrases permettent de mettre le couple en lien, en alliance, de les consolider en tant qu’équipe. Il sera d’autant plus disposé à écouter ce qui manque ou ce que vous aimez moins, car il y aura une dynamique d’empathie et de gratitude entre vous. A noter cependant que plus les appréciations positives sont nombreuses (et évidemment sincères), mieux c’est !
  • Communication non-verbale : lors d’un partage sexuel, la communication non-verbale va passer par les gestes. Par exemple, Monsieur offre un cunnilingus à Madame, et cette dernière adorerait qu’il stimule ses seins en même temps. Elle peut le formuler verbalement, ou bien prendre sa main et la déposer sur sa poitrine. Cette communication peut passer par une manière de se cambrer, de se positionner, par un sourire, un regard… elle intervient dans un couple sécure, respectueux du consentement, et surtout un couple qui se connaît. Un regard ne suffit pas si les partenaires se connaissent peu, car le risque d’interprétation est alors important. La communication non-verbale fait partie des apprentissages essentiels pour une vie sexuelle épanouie en couple.
  • L’écoute active : accueillir la parole de l’autre : l’écoute active est une question d’ouverture et de disponibilité vis-à-vis du partenaire. C’est une écoute attentive, empathique, curieuse, et entièrement tournée vers ce qu’exprime l’autre. Même si certaines choses surprennent ou déstabilisent, l’écoute active permet de recevoir le regard de l’autre comme étant son regard, et de mieux comprendre son expérience. Dans de nombreux couples, ces échanges deviennent progressivement des moments de rapprochement, puisque l’écoute active fonctionne sur l’empathie et l’absence d’interprétation.


Quand la discussion est difficile

Si le couple traverse ou a traversé une situation difficile (maladie, deuil, relation extraconjugale, IVG, deuil périnatal, etc.), les tensions autour de la sexualité peuvent donner lieu à des discussions crispées voire conflictuelles. De fait, l’écoute active est beaucoup plus difficile à mettre en place, les émotions étant individuellement plus difficile à porter. Dans ces situations, un accompagnement par un professionnel peut aider à créer un espace de dialogue sécurisé, à comprendre les attentes de chacun et à rétablir une communication plus apaisée dans le couple.


La sexualité comme espace de dialogue : quand l’échange charnel devient un duo

La sexualité est un espace de relation, d’émotions, de communion. Lorsque les partenaires peuvent parler librement de leur intimité, cela favorise une meilleure connexion sexuelle, parce qu’en amont la connexion émotionnelle est là. Être en vérité l’un vis-à-vis de l’autre, c’est donc emprunter un chemin de conscience, de confiance et de complicité, en tant que couple, vers l’intimité du couple. Comme le dit le Dr Jacques Waynberg, la relation sexuelle est un duo dans lequel chacun a sa propre voix et chante avec l’autre. La confiance permet au corps de s’ouvrir et de se connecter d’autant plus aisément avec l’autre. Ces conversations charnelles approfondissent alors la relation… mais cela vient, la plupart du temps, après que la communication verbale soit acquise.

 

FAQ – Comment parler de sexualité avec son partenaire

Comment parler de sexualité avec son partenaire sans créer de malaise ?

Parler de sexualité peut être plus simple lorsque la conversation se déroule dans un moment calme et détendu. Je conseille d’utiliser la CNV (communication non violente) qui recommande de parler en « je », de ses ressentis propres et besoins propres. Le « tu » et le reproche sont proscrits. Par exemple, dire « j’aimerais partager quelque chose d’important pour moi… » peut ouvrir la discussion de manière plus ajustée.

Comment dire à son partenaire ce que l’on aime au lit ?

Exprimer ses préférences sexuelles génère souvent une peur de blesser l’autre, ou d’être jugé. Pourtant, parler de ce que l’on apprécie peutêtre vécu comme une invitation à explorer davantage l’intimité. Il est souvent plus facile de commencer par évoquer ce qui nous fait du bien avant d’aborder ce que l’on aimerait essayer. Autre point essentiel : évoquer une envie ne signifie pas que l’on va le faire nécessairement. Cela permet de relâcher la pression.

Que faire quand on n’a pas le même désir dans le couple ?

La différence de désir est fréquente dans les relations. En fait, c’est même la norme. En parler permet de dédramatiser, et de se mettre en chemin ensemble vers une solution harmonieuse, à l’écoute des besoins et attentes de chacun. Une communication ouverte peut aider le couple à trouver des compromis et à construire une sexualité qui respecte le rythme de chacun. Dans l’accompagnement des couples rencontrant ces difficultés, on réalise souvent que le désir est là mais appelle une certaine adaptation, écoute, créativité. Pour en savoir plus, je vous invite à lire l’article complet à ce sujet.

 

Apprendre comment parler de sexualité avec son partenaire dans le couple est souvent un apprentissage. Lorsque la communication autour de la sexualité devient difficile entre partenaires, un accompagnement en sexologie peut aider à ouvrir le dialogue et apprendre les clefs de communication. J’accompagne les couples et les personnes qui souhaitent retrouver une relation plus apaisée à leur intimité, dans mon cabinet de sexologie à Lyon ainsi qu’en visio.


Juliane Adara, sexologue à Lyon 3 (proche Lyon centre et la Part-Dieu) et en visio


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