La communication est souvent présentée comme la clef d'un couple qui fonctionne. Pourtant, ce n’est pas la communication qui est la clef du couple, mais la connexion… et cette connexion découle, en grande partie, d’une communication efficace.
Beaucoup de personnes ont le sentiment de communiquer énormément, mais inutilement. Ils parlent, expliquent, argumentent, se justifient, reviennent sans cesse sur les mêmes sujets, mais les conflits restent les mêmes et le sentiment de complicité s’étiole de plus en plus. La communication est alors inefficace, c’est-à-dire qu’elle ne crée pas un espace d’écoute et d’ouverture. Une communication véritablement efficace est celle qui crée du lien. Elle permet à chacun de se sentir entendu, compris et accueilli dans ce qu'il vit. Elle construit un espace de sécurité où l’on peut s’exprimer sans crainte d'être ridiculisé ou minimisé.
Si le sujet du conflit est, d’apparence, sans importance (beaucoup ont la sensation de se disputer pour des choses « ridicules », « des conneries »), l’intensité des émotions ressenties souligne un enjeu souterrain plus profond. Derrière une discussion sur les tâches ménagères, l'organisation familiale ou les vacances se cachent souvent des besoins émotionnels et identitaires : être considéré, être soutenu, être choisi, être important pour l'autre.
Communiquer, ce n'est donc pas gagner un débat, mais permettre à deux réalités différentes de se rencontrer, hors toute dynamique d'opposition ou d'argumentation.
Clef 1 : une bonne communication ne consiste pas à convaincre
Lors d’un conflit, l’attitude la plus courante est d’entrer dans une logique de démonstration : je veux prouver à l’autre que j’ai raison, et qu’il a tort. Dans cet argumentaire, le couple ne fait plus équipe, et chaque partenaire se positionne l’un contre l’autre. Cette dynamique se solde par une communication non efficace, c’est-à-dire qu’elle en vient à éloigner les partenaires encore plus : plus l’un cherche à convaincre, plus l'autre cherche à se défendre.
Il s’agit ici d’apprendre à communiquer avec une intelligence émotionnelle et relationnelle, afin de rester en lien, quels que soient les désaccords et les dissentions.
La première clef de communication est donc celle-ci : reconnaître que chacun a sa réalité, et que le point de vue de l’un comme de l’autre est valable. Il ne s’agit pas de justifier un mauvais comportement, mais de comprendre que dans la réalité du partenaire, ce comportement, ces mots, ces gestes, avaient effectivement du sens.
L'objectif d'une communication mature n'est donc pas d'avoir raison, mais de comprendre ce qui se passe chez soi et chez l'autre afin de rester en lien. Il ne s’agit pas de gagner contre l’autre : de fait, quand un partenaire gagne, c’est le couple qui perd.
Clef 2 : parler en « je » plutôt qu'en « tu »
Peut-être avez-vous déjà entendu cette expression : « le ‘‘tu’’ tue ». Dans la communication de couple, le « tu » génère généralement un dialogue conflictuel et peu empathique, puisqu’il pointe l’autre du doigt via l’accusation et le reproche. Les formulations commençant par « tu » sont donc à écarter, car elles débouchent sur ce que vous cherchiez à éviter en dialoguant : de l’éloignement. Elles créent une attitude défensive chez l’interlocuteur, qui aura peu d’espace pour l’écoute et la remise en question.
Certains reproches sont pourtant légitimes, penserez-vous peut-être. Mais dans la communication de couple, on ne cherche pas qui a tort ou raison. On ne cherche pas même la solution à une problématique.
Ce que l’on vise en communiquant, c’est le renforcement du lien d’amour, via l’empathie, l’écoute, l’envie profonde de comprendre l’autre. Et comprendre l’autre n’invalide pas ce que l’on ressent.
Parler en « je » change profondément la dynamique, il dévoile à l’autre votre réalité intérieure et l’invite à écouter. On accueille bien différemment un « tu ne m’écoutes jamais » et un « je me sens seul lorsque nous passons plusieurs soirées sans vraiment échanger ». Dans le premier cas, le partenaire se sent jugé, dans le second il comprend qu’il vous manque. De même, on ne réagit pas de la même façon à « tu ne fais aucun effort » et à « je me sens dépassé(e) lorsque j'ai l'impression de porter seul(e) certaines responsabilités. »
Dans le premier cas, on décrit l'autre sur un ton de reproche, ce qu’il prend souvent comme une attaque ; dans le second, on se dévoile et on exprime le désir de la présence du partenaire. En parlant de soi et de ses émotions, l’espace de rencontre s’ouvre de nouveau. Le « je » invite le partenaire à découvrir notre monde intérieur plutôt qu'à défendre le sien.
Clef 3 : parler positif pour nourrir ce qui va bien
Une situation conflictuelle peut abimer le lien, en cela qu’elle fragilise, momentanément ou durablement, le sentiment d’être compris, apprécié, accueilli, aimé. Elle peut créer un sentiment de rejet. Or les conflits font partie de la vie de couple. Il ne s’agit donc ni de les fuir ni de les éviter, mais d’apprendre à les gérer.
Beaucoup pensent spontanément à exprimer ce qui leur manque, mais oublient de verbaliser ce qui leur fait du bien. Dire à son partenaire qu'on apprécie sa présence, qu'on admire une qualité chez lui, qu'on s'est senti soutenu ou aimé dans une situation particulière contribue à un climat de sécurité affective.
C’est la troisième clef de réussite de la communication dans le couple : exprimer à l’autre ce qui va bien, ce qu’on apprécie, ce qu’on chérit, et non pas seulement ce qui nous manque. Par exemple : « j’ai adoré quand tu m’as caressé le dos tout à l’heure », « merci d’avoir pensé à préparer cela, ça m’a soulagé(e) et aidé(e) », « j’ai vraiment apprécié ce que tu m’as dit ce matin, merci », etc. Ce sont des compliments simples, pour des faits et gestes qui peuvent l’être tout autant. Il s’agit donc de parler du positif, de montrer qu’on le remarque et qu’on le savoure.
Les compliments, les remerciements, les encouragements, les gestes de tendresse, les marques d'admiration ou de reconnaissance constituent un véritable capital relationnel. Ils nourrissent l’envie de bien faire et de prendre soin de l’autre.
Il est plus sécure d'aborder un sujet sensible lorsque chacun se sent déjà reconnu et valorisé : les remarques ne sont pas prises personnellement, car le lien est nourri en amont. Il s’agit donc de cultiver volontairement ce qui fonctionne dans la relation.
Clef 4 : exprimer ses besoins plutôt qu'espérer qu'ils soient devinés
Une attente implicite est à l'origine de nombreuses frustrations. Une croyance répandue, notamment chez les femmes, est que « s'il m'aimait vraiment, il saurait ». Cette croyance repose sur l’idée que l’amour permettrait de deviner spontanément les besoins de l’autre. Votre partenaire peut vous aimer de tout son cœur et n’avoir aucune idée de vos attentes. Cela vient avec le temps, l’ouverture, la connaissance profonde de l’autre, la communication, et n’a rien à voir avec l’amour.
Chaque personne possède une histoire, une sensibilité, une manière d'exprimer son affection et de percevoir les besoins. Ce qui paraît évident pour l'un ne l'est pas forcément pour l'autre. De nombreux couples se construisent sur des modes d’attachement différents (anxieux-évitant par exemple), les besoins et les attentes sont alors tout à fait différents.
Exprimer clairement ses envies et besoins est donc indispensable et permet d'éviter de nombreux malentendus. Ici, il ne s’agit pas tant d’exprimer ce que l’on ne veut pas, mais bien ce que l’on désire. Il s’agit donc de parler positivement : « j’aimerais …, je voudrais…, j’aurais besoin de..., ralentis..., pourrais-tu m'aider à... ».
C’est d’autant plus important sur le plan sexuel : si l’on n’aime pas telle caresse ou tel baiser, mieux vaut dire à l’autre « j’ai envie que tu ralentisses », « embrasse-moi dans le cou », etc., plutôt que « je n’aime pas ce que tu fais », « stop », etc. La sexualité étant elle-même un sujet délicat, la communication peut s'avérer d'autant plus délicate.
On guide mieux en indiquant ce que l’on veut plutôt que ce que l’on ne veut pas. De cette façon, le partenaire est aiguillé clairement dans une direction qui correspond au désir et au besoin de l’autre. Il s’agit donc, par la parole claire et positive, de donner une direction. Il est plus facile de répondre à une demande clairement formulée qu’à une frustration dont on doit de surcroît deviner la solution.
Clef 5 : l'écoute active ou chercher à comprendre avant d'être compris
C’est un réflexe presque automatique en situation de conflit : plutôt que d’écouter pleinement l’autre, on cherche à préparer notre réponse, comme si l’on parait des coups. Nous entendons les mots sans écouter réellement ce qu’ils expriment du vécu, de la souffrance et des émotions du partenaire.
L'écoute active demande un mouvement différent : il s’agit de suspendre momentanément sa propre lecture de la situation pour essayer d'habiter celle de l'autre. C’est la cinquième clef : une écoute pleine et dédiée à l’autre, durant laquelle on n’anticipe pas ce que l’on va répondre mais l’on cherche à pleinement comprendre l’autre. En d’autres termes, on met notre réalité de côté pour visiter pleinement celle de l’autre.
Cela ne signifie pas que l’on va être d’accord, mais qu’on cherche à comprendre ce que l’autre traverse. Nous reconnaissons alors l’expérience du partenaire et voyons en quoi elle est cohérente avec son histoire, ses émotions et sa manière de percevoir le monde.
Se sentir profondément compris permet de créer une dynamique empathique et un sentiment de connexion. Très souvent, un partenaire n'attend pas immédiatement une solution. Il cherche d'abord à sentir qu'il n'est plus seul avec ce qu'il traverse. C'est pourquoi une communication efficace n'est pas celle qui trouve une solution, mais celle qui soude le couple.
Clef 6 : choisir le bon moment pour parler
Le bon moment pour parler, c’est le moment où les partenaires se sentent disponibles pour écouter l’autre et s’ouvrir. Aborder un sujet sensible lorsque l'un des partenaires est épuisé, stressé, pressé ou déjà en état de tension émotionnelle réduit largement les capacités d'écoute. Lors d’une dispute, le stress est élevé et on peut se sentir menacé. Dans un tel état, il est beaucoup plus difficile d'accéder à l'empathie, à la nuance ou à la réflexion.
Il est alors conseillé de demander au partenaire si le moment est bien choisi. Cela témoigne d’un respect et d’une écoute qui peuvent ouvrir plus facilement le dialogue. Bien sûr, il est important de respecter la réponse, qui peut être un refus.
Après un conflit, certaines personnes ont besoin d’un temps pour souffler et laisser les émotions retomber. Ce temps peut être difficilement vécu par l’autre partenaire (tout particulièrement dans un couple anxieux-évitant). Pourtant, il est indispensable de le respecter, afin que la discussion qui viendra ensuite puisse être constructive.
Quelques règles s’appliquent cependant : celui qui a besoin de ce temps pour souffler est invité à formuler son besoin d’espace et à s’engager à revenir vers l’autre à un moment précis (le soir, le lendemain, etc.). Cela permet à son partenaire de vivre cette attente avec moins de pression et avec l’assurance qu’ils pourront se retrouver bientôt. Pour celui qui "attend", il est bien sûr indispensable de respecter de besoin de temps de leur partenaire.
Aucun couple ne communique parfaitement : savoir réparer est souvent plus important
Tous les couples connaissent des maladresses, des incompréhensions ou des paroles regrettées. Ce qui distingue les couples qui traversent les années n'est pas l'absence de conflit. Bien au contraire, l’absence de conflit dans un couple est plutôt un signe de mauvaise santé relationnelle : souvent, l’un des deux tait ses envies, ses besoins ou ses contrariétés, et bascule dans une dynamique de suradaptation (aussi nommée fawn response, une réponse traumatique). Le conflit n’est donc pas le problème. C’est la capacité à rester en lien qui importe.
Reconnaître une parole blessante, présenter des excuses sincères, expliquer ce qui s'est passé sans minimiser la souffrance de l'autre, ou reprendre contact après une dispute, tous ces éléments constituent des compétences relationnelles majeures. De ces compétences découlent la sécurité affective, c’est-à-dire la certitude de la complicité émotionnelle du couple.
Cela permet de vivre un désaccord avec plus de confiance. Lorsqu'un couple apprend à parler avec davantage d'empathie, à exprimer ses besoins avec clarté, à écouter avant de répondre et à réparer les blessures relationnelles, la communication cesse d'être un outil de résolution de problèmes. Elle contribue au contraire à nourrir un espace dans lequel chacun se sait vu et accueilli.
Quand consulter ?
Lorsque les mêmes disputes reviennent malgré les efforts de chacun, que les échanges deviennent systématiquement conflictuels ou que le dialogue semble rompu, un accompagnement est indiqué.
Le thérapeute pourra alors vous aider à identifier vos schémas relationnels, et vous accompagner dans l’élaboration d’un espace sécurisant. Cela vous permettra de mieux comprendre vos besoins et ceux de votre partenaire, de construire une communication efficace et intelligente, et de retrouver une relation plus apaisée. Je vous accompagne en cabinet à Lyon 3 ainsi qu'en visioconférence.
F.A.Q. – communication dans le couple
Comment mieux communiquer dans son couple ?
En apprenant à exprimer ses émotions et ses besoins sans accusation, à parler en « je », à formuler des demandes positives explicites, à écouter avec empathie et à choisir des moments propices au dialogue…
Pourquoi avons-nous toujours les mêmes disputes ?
Parce que les conflits répétés traduisent souvent des besoins émotionnels qui ne sont pas entendus ou reconnus. Tant que ces besoins restent inchangés, les mêmes scénarios ont tendance à se reproduire. Le prétexte de la dispute peut changer, mais la problématique de fond est identique.
Comment communiquer sans blesser l'autre ?
En parlant de son propre vécu (en « je ») plutôt qu'en accusant (en « tu »), en restant centré sur les faits, les émotions et les besoins, et en cherchant à comprendre plutôt qu'à convaincre.
Quand consulter pour des difficultés de communication dans le couple ?
Lorsque les conflits deviennent répétitifs, que le dialogue est rompu, que les non-dits s'accumulent ou que la relation perd de son sentiment de sécurité et de connexion.