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    Pourquoi je n'arrive pas à lâcher prise pendant le sexe et dans mon couple ?

    Hypervigilance, réponse traumatique et sécurité
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  • Pourquoi je n'arrive pas à lâcher prise pendant le sexe et dans mon couple ?
  • 27 juillet 2026 par
    Juliane Adara, Juliane Adara

    La sexualité est à tort présentée comme un espace de spontanéité. Elle serait naturelle, évidente, spontanément source de plaisir, un domaine où il suffirait de se « laisser aller ». Ces représentations sont trompeuses et peuvent être source de souffrance pour de nombreuses personnes. Dans les faits, la sexualité telle que la plupart des humains aspirent à la vivre dépasse largement le simple instinct biologique. Beaucoup souhaitent lui donner une dimension émotionnelle, sensorielle, esthétique, intellectuelle ou symbolique. C'est ce que l'on appelle l'érotisme : une manière d'humaniser la sexualité en lui donnant une profondeur qui dépasse la seule fonction reproductive ou le simple besoin physiologique. L'érotisme invite à la présence, au jeu, à la créativité, à la légèreté et à une certaine forme d'abandon.

    Pour certaines personnes, cependant, l'expérience est tout autre. Lors des rapports sexuels, leur mental est suractivé et leur attention est mobilisé par des pensées incessantes. Elles observent leurs réactions, surveillent leur niveau d'excitation, leur érection, leur lubrification, leur orgasme, leur apparence ou encore les réactions de leur partenaire. Elles ont parfois le sentiment d'être davantage dans leur tête que dans leur corps. Cette expérience est souvent résumée par une expression devenue familière : une difficulté à lâcher prise.

    Le lâcher-prise n'est pas une compétence qui s'apprend à force d'efforts. Il ne suffit pas de décider de moins penser pour que le mental s'apaise. Ce n’est pas une décision, mais un état, qui émerge lorsque certaines conditions sont réunies.

    En consultation, cette nuance change la manière d'aborder les difficultés sexuelles. Il ne s’agit plus de comprendre pourquoi l’on « n’arrive pas » à lâcher prise, mais pourquoi le corps et le psychisme ont encore besoin de contrôler. Qu’est-ce qui, en vous, ressent le besoin de se protéger ? C’est là qu’est la porte du lâcher-prise.

    Cet article aborde le lâcher-prise sexuel et relationnel exclusivement dans le contexte d'une relation de couple saine, respectueuse et sécurisante. Les situations d'emprise, de coercition ou de violences, qui relèvent d'enjeux psychologiques et relationnels spécifiques, n'y seront pas traitées.


    Le lâcher-prise est une conséquence, pas un objectif

    Notre société valorise la maîtrise et le contrôle. Nous apprenons très tôt à anticiper, réfléchir, résoudre des problèmes, maîtriser nos émotions et ce qu’on en laisse paraître, à atteindre des objectifs. Ces compétences sont utiles dans de nombreux domaines, mais le monde de l’intime appelle un autre état : celui de l’authenticité, de l’ouverture, de l’abandon, du dévoilement de soi et de l’accueil de l’autre.

    Cette disponibilité intérieure ne peut apparaître que si le système nerveux évalue, dans un processus inconscient, que la situation est suffisamment sécurisante. La première étape consiste à évaluer le contexte : la personne avec qui je suis, le cadre dans lequel nous sommes, sont-ils sécurisants ? Si la réponse est non, il est normal et sain que vous soyiez vigilant(e). Si la réponse est oui, la deuxième étape est d’apprendre à se laisser aller, ponctuellement, à certains stimulis.

    Le plaisir, le désir et l'excitation ne répondent pas à la logique de la volonté. Ils émergent lorsque l’on prend le temps de savourer les stimuli qui se présentent à nous (qu’ils soient visuels, sensoriels, intellectuels, etc.). Savourer, c’est faire le choix de se focaliser sur une chose et de se laisser toucher par celle-ci. Il s’agit donc de quitter son état de surveillance et de vigilance, qui fonctionne par définition sur l’anticipation, pour revenir au temps présent et apprécier les stimuli (érotiques ou affectifs).

    Comprendre ces mécanismes est essentiel pour sortir de la culpabilité. Beaucoup de personnes pensent avoir un problème de lâcher-prise alors que leur vigilance est soit liée à la réalité d’un contexte dangereux, soit liée à un vécu traumatique passé qui a rendu le contrôle indispensable pour être en sécurité.


    Pourquoi le mental prend-il autant de place ?

    Pendant un rapport sexuel, certaines personnes décrivent une activité mentale incessante. Les pensées s'enchaînent sans interruption et sont caractérisées par une émotion commune : la peur. C’est l’inquiétude de mal faire, que le partenaire ne prenne pas de plaisir, de ne pas « réussir » à maintenir une érection, de ne pas « réussir » à avoir un orgasme, d’avoir moins de désir, de ne pas être physiquement suffisamment attirant, etc.

    La peur inhibe la capacité à lâcher prise en cela qu’elle renferme sur soi. Ici, ces pensées traduisent une évaluation de soi continuelle. On retrouve là l’anxiété de performance, présente chez les hommes comme chez les femmes, à des degrés et sur des aspects différents. La sexualité n’est plus vécue de l’intérieur ni dans l’instant. Elle devient une situation dans laquelle on s’observe, on s’analyse et on s’auto-censure.

    Les sexologues William Masters et Virginia Johnson avaient déjà décrit ce phénomène sous le terme de spectatoring. La personne devient spectatrice de sa propre sexualité. Au lieu d'habiter son corps et ses sensations, elle regarde son corps fonctionner et le surveille.

    Ce déplacement de l'attention a des conséquences importantes. Le propre de la sexualité est justement la ré-union : réunion avec soi-même, et avec l’autre. Plus on vérifie que tout fonctionne correctement, plus on s'éloigne de ce qui permet précisément à la sexualité de se déployer, c’est-à-dire la présence.


    Sexualité et confiance en soi : quand l’intime devient espace d'évaluation

    Parce que la sexualité appelle un dévoilement de soi, elle est porteuse d’un enjeu identitaire fort, particulièrement chez les personnes fragilisées dans leur confiance en elles. On parle alors de blessure narcissique. Il s’agit d’hommes et de femmes très critiques sur eux-mêmes (et les autres), sur leur corps, leur apparence, leur façon d’être, ayant une anxiété de performance, une faible estime d’elles-mêmes, etc. La blessure narcissique entraîne un manque de confiance en soi qui va transformer la sexualité en espace de performance visant à prouver sa valeur, sa désirabilité, sa virilité, sa féminité, sa capacité à être une ou un bon amant. En d’autres termes : au lieu de vivre la sexualité comme un espace à l’intérieur duquel on s’accueille tel que l’on est, on la vit comme un espace de compétition contre soi-même.

    Le regard de l'autre devient un miroir dans lequel on cherche à mesurer sa propre valeur. Dans cette logique, chaque rapport sexuel est un enjeu. Le lâcher-prise est impossible dans un tel contexte, l’expérience étant alors vécu comme un examen. 


    Le corps ne contrôle jamais sans raison

    Lorsqu'une personne me dit « je n’arrive pas à lâcher prise », elle présente souvent cette difficulté comme un dysfonctionnement de son corps ou de son psychisme. La première chose à comprendre est que la priorité du système nerveux n’est pas le plaisir mais la sécurité. S’il estime que celle-ci n’est pas assurée, le système nerveux va basculer en mode sympathique. La vigilance, intérieure, sera alors utilisée pour compenser ce que le contexte, extérieur, n’apporte pas en termes de sécurité.

    Cette sécurité ne concerne pas uniquement les dangers physiques. Elle englobe également la peur d'être jugé, rejeté, humilié, envahi, abandonné ou de ne pas être à la hauteur. Une personne ayant connu des relations imprévisibles peut rester particulièrement vigilante dans l'intimité. De même quand on a subi des remarques blessantes, des rapports douloureux, quand on a appris que l’amour découlait de notre capacité à satisfaire les autres.

    Dans tous ces cas, le contrôle a pour fonction de protéger, et il s’agit d’une réponse traumatique qui a eu du sens à un certain moment. C’est l’expérience qui l’a forgée. Et lorsque notre vécu est jonché d’expériences intimes et sexuelles négatives ou choquantes, le fait de savoir que l’on a maintenant un partenaire bienveillant ne suffit pas à se sentir en sécurité, la confiance étant parfois associée à la vulnérabilité et au danger.


    De la solitude au couple : les relations-miroir

    J’entends parfois au cabinet que le plaisir sexuel est plus facilement accessible seul qu’à deux. La masturbation offre un environnement parfaitement prévisible. On choisit le rythme, les stimulations, les interruptions éventuelles. Il n’y a pas à gérer le regard de l'autre, ses attentes, ses réactions ou ses émotions, et il n’y a rien à prouver.

    La sexualité partagée nous expose. C’est une expérience relationnelle où l’on se découvre à travers ce que l’on partage avec l’autre. Et toute relation active inévitablement notre histoire affective, les blessures et les manques qui l’ont caractérisée. Ce n’est donc pas le partenaire qui active la vigilance, mais la présence d’un autre, quel qu’il soit (à nouveau : je n’évoque dans cet article que les couples sains, sécures et respectueux, et non pas les relations d’emprises et de coercition. Il existe objectivement des partenaires insécures, violents et dangereux. Il ne s’agit pas ici de décréter le contrôle comme inutile, mais simplement de souligner en quoi il devient un obstacle lorsqu’il persiste dans un contexte pourtant sécurisant). Dans un tel cas, l’altérité en soi est vécue comme un danger, parce que l’on n’a pas forcément fait l’expérience d’une altérité saine. C’est donc la dimension du lien qui entre ici en jeu.

    L’invitation, ici, est de lire la relation présente différemment : que dit-elle de moi ? De mes peurs ? De mes désirs ? Qu’est-ce que cet autre peut m’apprendre de moi-même ? C’est ce que j’appelle les relations miroir, c’est-à-dire les relations à travers lesquelles on se découvre soi-même.


    Toute peur cache un trésor, un désir

    Tant que le contrôle dirige la relation, il protège de la souffrance autant qu'il éloigne de ce que l'on cherche profondément : le lien.

    Toute peur cache un désir : derrière la peur de l’abandon se cache le désir d’être en lien, derrière la peur de la trahison se cache le désir de faire confiance, derrière la peur de l’humiliation se cache le désir d’être accueilli et aimé pleinement pour ce qu’on est.

    Il s’agit donc de descendre dans les profondeurs de la peur et de voir quel désir elle protège. Dans un deuxième temps, avec douceur, vous pourrez observer que la peur protège le désir en même temps qu’elle l’empêche d’être vécu. Et enfin, pas à pas, expérimenter dans quels espaces il peut être sécure de lâcher le contrôle. S’il n’y en a qu’un, c’est déjà énorme. C’est un début d’expérience de l’état de confiance. Et au fur et à mesure du travail, vous pourrez déployer cet état de confiance.


    Lâcher-prise, vaginisme et anorgasmie

    La sécurité corporelle est un enjeu majeur dans les douleurs sexuelles, le vaginisme et les difficultés orgasmique. De fait, la peur de la douleur crée naturellement une tension corporelle, par anticipation. Plus cette appréhension augmente, plus le cercle vicieux se met en place.

    Avec les difficultés orgasmiques, l’absence de lâcher-prise peut être un moyen de se protéger d’une dimension plus animale, plus crue de la jouissance. Le corps peut également fermer la porte de l’orgasme par peur (toutes celles évoquées plus tôt : peur de l’apparence que l’on va avoir dans la jouissance, peur de la moquerie, du rejet, mais également peur du vide, l’orgasme étant un état de transe et d’abandon parfois effrayant).

    Là encore, il s’agit d’avancer avec douceur et bienveillance, et de faire l’expérience concrète de la sécurité corporelle et affective. Cela se travaille en accompagnement sexologique, et chaque cas est particulier. L’objectif est de constater l’inutilité, dans certaines situations, du contrôle. De voir ce qu’il vous coûte, dans quels contextes il peut reculer. Les sensations retrouvent alors leur place, et l’on bascule de la surveillance à l’expérience habitée.


    Quand consulter ?

    Il est fréquent de traverser ponctuellement des périodes où il est plus difficile de se sentir pleinement présent pendant la sexualité. En revanche, lorsque cette difficulté devient récurrente, qu'elle s'accompagne d'anxiété de performance, de troubles érectiles, de douleurs sexuelles (vaginisme, dyspareunies, clitoridynie, vulvodynie), d'une absence d'orgasme (anorgasmie), d'une baisse de désir ou d'une souffrance relationnelle, un accompagnement peut permettre d'en comprendre les mécanismes.

    L'objectif n'est pas d'apprendre à « mieux lâcher prise », mais d’explorer ce qui conduit le système psychique et corporel à rester en vigilance, afin de reconstruire progressivement un sentiment de sécurité plus profond. Nous travaillons à la confiance, en soi et en l’autre, au rapport au corps, son animalité, ses élans, à l’expérience du plaisir et de l’abandon, aux croyances limitantes issues d’un passé traumatique.


    La plupart des personnes qui viennent consulter pensent devoir apprendre à lâcher prise. En réalité, elles découvrent qu'elles n'avaient jamais appris à se sentir véritablement en sécurité. Lorsque cette sécurité se construit, le contrôle perd peu à peu sa fonction. Le corps n'a plus besoin de surveiller. Il peut enfin revenir à ce qu'il sait faire naturellement : sentir, désirer, jouer, aimer et jouir.

    Je vous accompagne en cabinet à Lyon 3 ainsi qu'en téléconsultation pour explorer les difficultés sexuelles liées au désir, au plaisir, au contrôle et au sentiment de sécurité, afin de retrouver une sexualité plus libre, plus vivante et plus profondément incarnée.


    F.A.Q. – lâcher prise dans la sexualité

    Pourquoi je pense tout le temps pendant les rapports sexuels ?

    Une activité mentale importante traduit souvent un besoin de contrôle lié à l'anxiété, à la peur du jugement, à la performance ou à une insécurité relationnelle.

    Le lâcher-prise est-il une question de volonté ?

    Non. Le lâcher-prise est une conséquence d'un sentiment de sécurité, et non un effort volontaire. Lorsque l'on a fait l'expérience répétée du danger dans la sphère intime, avoir une nouvelle relation avec un partenaire sécurisant ne suffit pas à lâcher prise. Il faut alors faire l'expérience concrète, pas à pas, d'un lâcher prise sécurisé.

    Pourquoi j'y arrive seul(e) mais pas avec mon partenaire ?

    La présence de l'autre active des enjeux relationnels absents lors de la masturbation : regard, attentes, peur de décevoir, désir d'être aimé ou validé.

    Le manque de lâcher-prise peut-il provoquer des difficultés sexuelles ?

    Oui. Il peut favoriser des troubles érectiles, une diminution du désir, des difficultés orgasmiques, des douleurs sexuelles ou une perte de plaisir.

    Comment retrouver davantage de présence pendant la sexualité ?

    Il ne s'agit pas d'essayer de moins penser, mais de comprendre ce qui rend le contrôle nécessaire. C'est souvent ce travail de fond qui permet ensuite au lâcher-prise d'apparaître naturellement.

    dans Relations
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