Qu’est-ce que l’anxiété de performance chez l’homme ?
Beaucoup d’hommes ressentent une pression à “être performants” sexuellement. Mais cette attente peut devenir une source majeure d’anxiété, affectant la confiance en soi, le désir et la relation.
Dans le discours social, le masculin est souvent associé à une idée de performance (professionnelle, financière, sexuelle, relationnelle, etc.). Un homme performant est alors valorisé d’après ses exploits, essentiellement visibles, matériels. Sur le plan sexuel, être un homme performant, c’est être un homme capable de séduire, d’avoir une érection, de durer, de donner du plaisir. Ce modèle (tout droit sorti de figures mythologiques) induit chez de nombreux hommes du stress, du doute, une perte de confiance, ainsi qu’une pression constante à « être à la hauteur ». Cette pression est un motif de consultation fréquent en sexologie, qu’il s’agisse d’une anxiété de performance générale, ou de difficultés sexuelles amplifiées par ce culte social performatif (avec le trouble érectile, l’anéjaculation et l’éjaculation précoce particulièrement).
Elle ne concerne donc pas uniquement la sexualité, mais s’inscrit dans un ensemble plus large de normes sociales et psychologiques qui influencent la manière dont les hommes vivent leur masculinité. C’est un sujet qui me touche particulièrement parce que les souffrances exprimées dépassent largement l’inconfort sexuel ou relationnel : c’est d’identité et de liberté dont il s’agit.
Cet article s’appuie sur les résultats de ma recherche sexologique (entretiens réalisés en 2024-2025) et des consultations de sexologie, réalisées avec des hommes (vivant en France et de culture française). J’ai relevé cinq difficultés principales que vivent la majorité des hommes, à différents niveaux (relations générales, relations amoureuses, sexualité, regard sur soi, confiance en soi, communication, émotions, etc.). Elles ne sont pas classées par ordre d’importance.
1. Une évolution des relations hommes-femmes qui peut créer de l’insécurité
Les transformations sociales récentes (notamment la vague MeToo, fréquemment évoquée) ont profondément modifié les relations entre les hommes et les femmes. De nombreux hommes expriment aujourd’hui un sentiment de vigilance dans leurs interactions avec les femmes, une peur de mal faire, une peur qu’une attitude de leur part soit mal interprétée dans une situation, ainsi qu’une difficulté à initier la rencontre. Il est important de préciser que les hommes ayant évoqué cette difficulté ont, sans exception, souligné que le féminisme avait permis de rééquilibrer la place des femmes dans la société et qu’il n’était pas question de dévaloriser cela. Ils déplorent cependant certaines conséquences, « dérives » d’après certains, qui ont fauché toute possibilité de spontanéité dans la communication et le lien humain. Il s’agit bien sûr de points de vue subjectifs, mais étant partagés par la grande majorité des hommes que j’ai rencontrés, il me semble indispensable de considérer cette difficulté avec sérieux.
Ces évolutions ont donc généré pour un grand nombre d’hommes une perte de spontanéité dans la séduction, une hésitation à prendre des initiatives, ainsi qu’une crainte du rejet ou du jugement. Cela peut donc directement impacter la confiance en soi et l’aisance relationnelle.
2. Les injonctions à la virilité et à la performance
Les injonctions de performance sont multiples. Quatre injonctions sont formulées comme étant particulièrement pesantes par les hommes interrogés :
- Le corps : être grand, musclé, fort
- Le rôle social : assurance, contrôle, dominance, rôle de pourvoyeur
- La sexualité (j’y reviens en détail ci-dessous)
- L’inhibition émotionnelle et communicationnelle (j’y reviens en détail ci-dessous)
Une injonction fonctionne sur le système de comparaison. Elle fonctionne comme un miroir, souvent déformant, et peut créer chez l’individu un sentiment de ne jamais être « assez ». Ce phénomène peut encourager la comparaison avec les autres hommes (ce phénomène tend à diminuer après 30-35 ans), et fragiliser l’estime de soi et la confiance en soi.
Le message de l’injonction est le suivant : conforme-toi si tu veux être valable.
3. L’inhibition émotionnelle et communicationnelle
Un autre point central concerne la difficulté à exprimer ses émotions. Beaucoup d’hommes ont appris, implicitement ou explicitement, à contrôler leurs émotions, ne pas pleurer, ne pas montrer leur vulnérabilité, éviter de parler de leurs ressentis. Cela ne signifie pas qu’ils ressentent moins, mais plutôt qu’ils s’autorisent moins à exprimer ce qu’ils vivent.
Pour les garçons et hommes subissant des abus et violences sexuelles, le silence, malheureusement courant dans ces cas-là, est ici renforcé par le fait qu’étant hommes, ils sont « censés » être dominants, intouchables, forts, ne pas pleurer, etc. Le sentiment de honte peut s’en trouver décuplé, et le renfermement sur soi aussi. Mon expérience clinique ne cesse de me montrer que les violences sexuelles et non sexuelles subies par les hommes sont bien plus courantes que ce que l’on peut imaginer.
Au niveau du couple (sans violence), cette inhibition peut entraîner :
- Des difficultés dans la communication émotionnelle (la communication sur les autres plans étant rarement signalée comme difficile par les hommes interrogés)
- Un sentiment de distance, une difficulté à se sentir pleinement connecté à l’autre
- Un sentiment d’échec relationnel dans certains cas
Or, lorsque la connexion émotionnelle est fragilisée, c’est la complicité du couple qui est impactée (celle-ci reposant sur le vécu d’émotions communes et sur la connivence). Les conséquences sur le désir sont souvent directes : pour la partenaire, cela peut générer une baisse ou une perte de désir, entraînant un écart de libido et une moindre satisfaction sexuelle. Si vous êtes concerné par cette difficulté, je vous invite à consulter l’article complet à ce sujet : Différence de libido dans le couple : comment gérer quand le désir n’est pas le même.
4. Le rapport au corps et ses effets sur la séduction
Le rapport au corps joue un rôle central dans la confiance en soi. Parmi les hommes avec lesquels je me suis entretenue, ceux qui ont toujours eu une image corporelle négative (pas dans les codes virils de taille, de musculature, ayant reçu des remarques dévalorisantes, etc.) développent, dans leur intégralité, des difficultés à séduire et à initier la rencontre. La seule exception ici concerne les hommes ayant eu par le passé une image positive de leur corps. Même s’ils en viennent à avoir quelques années plus tard un regard plus tempéré sur leur silhouette, ils gardent une aisance à séduire, parce qu’ils en ont fait l’expérience, plusieurs fois, avec l’assurance de plaire.
L’enjeu est ici identitaire, et se base sur deux blessures fondamentales : on craint le rejet de la personne que l’on a voulu séduire, mais aussi l’humiliation vis-à-vis des autres (souvent des hommes). Or la blessure d’humiliation est toujours liée au corps en première instance. Par ailleurs, nous avons vu que l’injonction questionne la légitimité. Or l’injonction en matière de séduction masculine est claire : l’homme doit savoir séduire. Un échec en la matière vient donc questionner beaucoup plus profondément l’individu : est-ce que mon corps est attirant ? Est-ce que l’homme que je suis est attirant ? Valable ? Cela devient donc une remise en question de la valeur personnelle, parfois même de l’identité masculine, au point que pour ne pas risquer une telle destitution de son statut, l’individu va tout simplement éviter toute approche. Le jeu n’en vaut pas la chandelle.
Concernant la séduction dans le couple, je dois ici souligner que la majorité des hommes reçus en entretien associent le début de la relation à la fin de la phase de séduction. La séduction est liée à la conquête, or la partenaire est perçue comme conquise. Pourtant, la séduction reste essentielle pour entretenir le désir, sans cela, le couple peut progressivement faire face à un écart de libido. Par ailleurs, la séduction dans le couple est moins chargée en termes d’injonctions : la plupart du temps elle est vécue comme plus légère, plus plaisante, complice et bienveillante.
5. La performance sexuelle : une pression centrale
La performance sexuelle est l’un des aspects les plus sensibles, et repose sur plusieurs dimensions. Bien sûr, tous les hommes ne sont pas touchés par ces injonctions. L’âge joue aussi un rôle sur l’importance qui peut leur être donnée :
- Le nombre de partenaires : certains hommes ressentent une pression à multiplier les partenaires sexuels. La (ou le) partenaire devient alors un trophée et sa performance rentre alors en compte (sa beauté, son statut social, sa réussite professionnelle et financière, etc.). Cela signifie que la performance crée une échelle de valeur, inconsciemment appliquées aux partenaires potentiel(les), et la personne choisie vient finalement accentuer la validation identitaire de l’homme.
- « L’ouverture d’esprit » : la pression repose ici sur la multiplication d’expériences et de pratiques sexuelles. Certains hommes disent n’avoir pas osé refuser certaines expériences sexuelles, par peur de sembler « coincé », peureux, à l’ancienne. Plusieurs hommes homosexuels ont exprimé cette difficulté, et quelques-uns dans le milieu du libertinage.
- Le plaisir de la partenaire : le plaisir féminin est souvent vécu comme une preuve de compétence sexuelle. Cela peut entraîner une focalisation excessive sur la performance, une perte de connexion avec son propre plaisir, ainsi qu’une pression constante à « réussir ». Beaucoup d’hommes accordent une importance capitale au plaisir féminin, mais cela devient pour certains une « pression », une « obligation », un enjeu narcissique. Quelle intention derrière cette attention à la partenaire ? La réponse peut donner des indications sur la confiance en soi de l’homme concerné, son rapport à son propre plaisir, etc.
- L’érection : dans ce système performatif, l’érection devient un indicateur central de la « réussite ». Une dysfonction érectile — l’appellation elle-même, « dysfonction », ou pire, « impuissance », en dit long sur l’interprétation qui en est faite — peut générer de l’anxiété, une perte de confiance et un évitement de la sexualité.
- La taille du pénis : la question de la taille est un sujet majeur, largement influencé par les comparaisons, les représentations pornographiques et des normes sociales souvent irréalistes. Ce critère semble impacter les hommes jusqu’à 30 ans et les grands consommateurs de pornographie.
Les conséquences de l’anxiété de performance
Les conséquences de l’anxiété de performance sont donc variées, et deux hommes peuvent souffrir de cette anxiété sans pour autant avoir les mêmes symptômes :
- Stress et anxiété sexuelle
- Troubles de l’érection
- Éjaculation précoce ou retardée
- Baisse du désir, écart de désir dans le couple
- Évitement des rapports sexuels
- Évitement des rapports humains
- Évitement de la séduction
- Perte de confiance en soi
- Difficultés de communication
- Mésententes conjugales
- Pression professionnelle
- Surinvestissement narcissique du pénis (ci-dessous)
Une identification au pénis
L’ensemble de ces injonctions autour de la sexualité masculine a des conséquences identitaires importantes. L’homme, entre autres validé par ses performances sexuelles, s’en trouve symboliquement assimilé à son pénis.
Le corps de l’homme est donc objectifié, au même titre que celui de la femme, comme objets sexuels. Des performances de son sexe dépend sa validité en tant qu’homme : on parle alors de surinvestissement narcissique du pénis (Freud). Le corps doit être une machine performante – d’où le Viagra, médicament censé réparer, compenser une supposée inaptitude du corps… suggérant que l’absence d’érection est tout simplement intolérable, que c’est une défaillance. La pornographie joue ici un rôle majeur. Elle est consommée par un grand nombre d’hommes, en moyenne dès 12 ans pour les garçons. Les représentations masculines et féminines qu’elle propose vont dans le sens de corps normés et d’une sexualité performative, souvent centrée sur la domination. C'est pourquoi je parle dans cet article su passage de l'objet sexuel à l'artiste sexuel, c'est-à-dire du passage de l'acte performatif à l'acte habité, vivant : De l'objet sexuel à l'artiste intime, une réponse à l'anxiété de performance.
Toute difficulté sexuelle rebondit donc directement sur l’identité même de l’individu, augmente la pression, et diminue sa liberté. Car c’est bien de liberté dont parle les injonctions : suis-je libre d’être l’homme que je suis ? Ou est-ce que je choisis de me conformer pour être accepté ? Et je souligne ici que le conformisme est multiple : il peut s’agir de se conformer aux codes d’une virilité traditionnelle et triomphante… ou à ceux d’un masculin féminisé et « déconstruit ». Il n’y a pas plus de liberté dans un sens que dans l’autre tant que ce choix n’est pas régi par des valeurs et par des convictions détachées de tout besoin d’appartenance, d’acceptation ou d’amour.
Comment sortir de l’anxiété de performance ?
Voici quelques pistes qui peuvent vous aider :
- Comprendre les mécanismes en jeu: identifier les injonctions et les croyances subies permet de prendre du recul sur la pression ressentie. Ces injonctions viennent-elles de votre éducation, de votre partenaire, de vous-même, de vos collègues ?
- Se reconnecter à son corps : La sexualité émerge à partir d’un état de présence à soi, état dans lequel on peut s’immerger à travers les sensations. Travailler sur la présence, la respiration, le lâcher prise, le slow sex, sont donc des pistes prometteuses.
- Redonner de la place au plaisir et à la créativité sexuelle : la proposition ici est de sortir d’une logique du résultat pour revenir à l’exploration, au jeu, au plaisir partagé. J’y reviens plus en détail ci-dessous.
- Améliorer la communication : Exprimer ses ressentis et ses attentes permet de réduire la pression et de renforcer la connexion. Je vous renvoie à l’article sur la communication et la sexualité ici : Comment parler de sexualité avec son partenaire dans le couple ?
Cependant, avant tout autre chose, l’anxiété de performance est liée à la notion de liberté, d’amour de soi, de permission d’être soi. C’est pourquoi en séance, nous travaillons à l’élaboration d’une masculinité unique : la vôtre.
Comment créer une sexualité authentique ?
Une sexualité épanouie repose la présence à soi, la connexion à l’autre et la créativité. Elle appelle à une souplesse fondamentale, éloigné de tout script sexuel figé (de type « préliminaires »-pénétration-éjaculation). De cette façon, chaque mouvement, chaque caresse est vécue depuis le corps, et non pas depuis le mental qui applique un protocole, agréable certes, mais un protocole tout de même.
Selon la ou le partenaire, et vos propres habitudes, cette créativité peut être difficile à mettre en place. Les habitudes sexuelles sont parfois difficiles à déloger, par crainte de maladresses, de malaises. Si vous rencontrez de telles difficultés, je vous invite à consulter un sexologue qui saura vous proposer de multiples pistes d’exploration érotique, afin que cette nouvelle sexualité soit marquée par la légèreté et le plaisir.
Comment retrouver confiance en soi sexuellement ?
La confiance sexuelle va revenir naturellement à mesure que la sexualité sera créative, adaptée à vous-même, vécue dans le corps. En revenant à soi, on se détache du regard extérieur, de la comparaison. Il n’y a plus de notion de perfection puisque les caresses vécues dans l’instant sont justes. Cette approche permet donc de travailler, par ricochet, l’estime et la confiance en soi, et permet de redéfinir sa masculinité.
Créer votre propre masculinité, unique et juste
D’une certaine façon, les injonctions sont bienvenues. Malgré toutes les difficultés qu’elles emmènent avec elles, elles poussent les hommes et les femmes à se choisir, à faire le choix courageux de leur authenticité. La notion de conformisme est omniprésente, et elle est pesante parce qu’elle joue sur un besoin fondamental : le besoin d’amour.
En séance de sexologie, je parle toujours avec les hommes de leurs valeurs. De leurs convictions. De leurs idéaux. De leurs aspirations. De leur spiritualité quand la foi fait partie de leur vie. Cela nous permet de remettre au centre de la quête la notion de sens, et d’élaborer leur propre masculinité, unique, celle qu’ils désirent profondément incarner. Nous travaillons également à l’amour d’eux-mêmes, tels qu’ils sont. C’est un élément fondamental, parce que sans cela, l’individu peut être séduit par telle ou telle idéologie qui lui promettra l’amour qu’il ne se donne pas lui-même.
Et cette masculinité-là est juste, parce qu’elle est érigée sur qui vous êtes, au-dedans, et non pas qui on attend que vous soyez, au dehors.
Ayant réalisé mon mémoire de fin d’études sur la performance chez les hommes et ses conséquences (sexuelles, relationnelles, sociales, identitaires…), je suis particulièrement sensible à ce sujet et j’ai accompagné beaucoup d’hommes sur ce sujet. En séance de sexologie, les transformations des hommes que je reçois sont toujours touchantes, en cela qu’ils se libèrent de leurs peurs et apprennent à s’aimer, à s’incarner. Si vous rencontrez des difficultés liées au culte de performance, à l’anxiété de performance, des troubles érectiles, des difficultés dans votre rapport à vous-même, dans votre couple, je propose des consultations de sexologie à Lyon 3 et en visio.
FAQ – Performance sexuelle chez les hommes
Qu’est-ce que l’anxiété de performance sexuelle ?
L’anxiété de performance sexuelle est la peur de ne pas être à la hauteur lors d’un rapport sexuel. Elle peut entraîner des difficultés d’érection, d’éjaculation, une perte de plaisir ou un évitement de la sexualité.
Pourquoi certains hommes ont-ils des troubles de l’érection ?
Les troubles de l’érection peuvent avoir des causes physiques ou psychologiques. Le stress, la pression, la fatigue, le doute de soi et l’anxiété de performance sont des facteurs fréquents.
Le porno influence-t-il la performance sexuelle ?
Oui, les représentations pornographiques peuvent créer des attentes irréalistes et renforcer la pression de performance. On remarque d’ailleurs de plus grandes difficultés sexuelles chez les grands consommateurs de pornographie.
Comment retrouver confiance en soi sexuellement ?
En travaillant sur l’estime de soi, la communication, le rapport au corps, l’amour de soi, et parfois avec l’aide d’un professionnel.

Achille, Roberto Ferri